Depuis quelques années, le sigle est partout. Sur les réseaux, dans les dîners, au bureau, chacun se découvre « un peu TDAH » entre le café et le dessert. On rit, on s’autodiagnostique en trente secondes, on partage la vidéo qui explique pourquoi on oublie toujours ses clés. J’ai longtemps regardé ce phénomène avec une certaine méfiance, puis j’ai compris qu’il méritait mieux qu’un haussement d’épaules. C’est de cette gêne qu’est né mon livre, TDAH.
« Tout le monde est un peu TDAH »
Cette petite phrase, je l’entends partout, et elle me trouble. Elle se veut bienveillante, elle est pourtant redoutable. En affirmant que le trouble concerne tout le monde, elle finit par suggérer qu’il ne concerne personne. Le déficit d’attention devient une coquetterie, l’agitation une excuse commode pour les retards. À force de tout banaliser, on vide le mot de sa substance clinique, et l’on abandonne au passage celles et ceux pour qui ce n’est pas une posture mais un quotidien.
Le titre de mon livre pose d’ailleurs une question volontairement piégée : effet de mode ou vrai fléau ? Tout mon travail a consisté à défaire ce petit « ou ». Les deux propositions sont vraies en même temps, et c’est précisément ce qui rend le sujet si difficile à regarder en face.
« Loin d’exagérer le mal, la mode le masque. »
Ce que la mode nous fait oublier
Sous le bruit demeure un trouble bien réel. Le TDAH est neurodéveloppemental, largement héréditaire, le plus souvent invisible, et proche cousin de l’autisme. On imagine volontiers un petit garçon turbulent qui ne tient pas en place, alors que le trouble persiste très souvent à l’âge adulte, sous des formes plus sourdes : la procrastination qui ronge, l’oubli qui blesse un proche, l’impression permanente de courir derrière un train que l’on ne rattrape jamais. Chez l’adulte, et tout particulièrement chez les femmes, il reste massivement sous-diagnostiqué. On ne voit pas ce que l’on a appris à ne pas nommer.
Voilà le paradoxe que je voulais placer au centre du livre. Ce n’est pas la mode qui exagère le mal, c’est elle qui l’empêche de se faire entendre, en le noyant sous le bavardage. Le TDAH chez l’adulte n’a pas besoin qu’on en rajoute, il a besoin qu’on le prenne au sérieux.
Le diagnostic qui arrive à quarante ans
Ce qui m’a le plus frappé, en écoutant les uns et les autres, c’est le moment du diagnostic tardif. Un homme, une femme, la quarantaine parfois bien entamée, qui découvre soudain un nom à poser sur ce qui a rythmé toute une vie : les études sabotées sans raison apparente, les projets brillants laissés en chantier, la culpabilité de ne jamais tenir tout à fait ce que l’on promet. Le soulagement se mêle alors au chagrin. Soulagement de comprendre enfin, chagrin pour toutes ces années passées à se croire simplement paresseux, dispersé ou fragile.
C’est pourquoi je me méfie autant de l’autodiagnostic express que du déni pur et simple. Reconnaître le trouble, ce n’est pas y coller une étiquette à la mode, c’est un travail sérieux, qui passe par un professionnel, et qui mérite mieux qu’un test de trente secondes lu sur un écran.
Écrire à hauteur de vies
Je n’ai pas voulu écrire un manuel de plus. Ce livre avance d’une voix composite, tissée de dizaines d’existences, et suit le trouble de l’enfance à la vieillesse, de la salle de classe au bureau, du couple au cabinet du médecin. À chaque étape, j’ai tenu à alterner la situation vécue et l’information vérifiée, sans jamais céder ni à la panique ni au déni. Je rêvais d’un texte que l’on puisse tendre à quelqu’un en lui disant simplement : lis, tu comprendras.
Car ce livre s’adresse à deux publics à la fois. À celles et ceux qui s’y reconnaîtront, d’abord, et qui trouveront peut-être là les mots qui leur manquaient. Mais tout autant à celles et ceux qui les aiment, et qui, faute de comprendre, jugent parfois là où il faudrait tendre la main. Si vous vous interrogez, pour vous-même ou pour un proche, la vraie porte n’est jamais une vidéo virale, c’est une consultation.
Vous pouvez découvrir TDAH et parcourir l’ensemble de mes autres livres sur ce site. J’y parle ailleurs de mémoire, d’îles et de management, mais celui-ci occupe une place à part : c’est le seul où j’ai souhaité que le lecteur, en refermant la dernière page, se sente un peu moins seul.
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