Auteur-musicien : pourquoi je signe mes livres Guillaume de Reynal et mes chansons Guy Yom

Sur la couverture de mes livres, il y a un nom : Guillaume de Reynal. Sur mes chansons, un autre : Guy Yom. Deux signatures, deux rayons, deux publics qui parfois s’ignorent. On me demande souvent laquelle des deux est la « vraie ». Réponse honnête : les deux. Je suis auteur-musicien, et cette double vie n’est ni une coquetterie ni une dispersion. C’est une méthode de travail. Voici ce qui se passe dans l’atelier, des deux côtés de la cloison.

Deux noms, deux espaces de liberté

Signer la musique du nom de Guy Yom n’a jamais été un déguisement. C’est une porte. Le lecteur qui ouvre un essai sur le management de transition ou un roman qui se passe en Martinique n’attend pas de son auteur un refrain ; l’auditeur d’une chanson n’a pas besoin de ma bibliographie pour être ému. En séparant les noms, je protège chaque public de mes propres mélanges, et je m’offre surtout une liberté précieuse : celle d’essayer autrement, de rater autrement. Ce que je n’oserais pas dans un chapitre, je le tente dans un couplet.

La tradition est ancienne et plutôt rassurante. Romain Gary s’est réinventé en Émile Ajar. Boris Vian menait de front les romans, la trompette et les chansons. Un nom de plume ou de scène est un instrument comme un autre : il donne le ton avant la première note.

Ce que la musique apprend à mes livres

D’abord, le rythme. Je lis mes chapitres à voix haute, comme on répète un morceau. Une phrase qui ne respire pas est une mesure ratée : on la reprend, on déplace un appui, on coupe. Ensuite, la compression. Une chanson dure trois minutes et n’autorise aucun remplissage. Quand je révise un manuscrit, je cherche ce que la chanson m’a appris à chercher : le refrain, c’est-à-dire l’image qui a le droit de revenir, et tout ce qui ne sert pas cette image, qui doit sortir.

Ce n’est pas un hasard si le poète de la négritude, auquel j’ai consacré Senghor en Touraine, précisait en tête de ses poèmes les instruments qui devaient les accompagner : kôra, balafong, flûtes. Pour Léopold Sédar Senghor, le poème était un chant avant d’être un texte. Cette leçon, je la vérifie chaque jour à ma table.

« Sans la musique, la vie serait une erreur. »

Friedrich Nietzsche, Le Crépuscule des idoles, 1888

Ce que mes livres apportent aux chansons

Le trajet inverse existe aussi. L’écrivain fournit au parolier des personnages, des lieux, des situations : une chanson est une nouvelle de trois minutes, avec une exposition, une bascule et une chute. Il lui transmet surtout une exigence, celle du mot juste. Le parolier pressé accepte la cheville, ce mot posé là pour la rime ; l’écrivain la repère et la refuse. Il apporte enfin la patience de la documentation : on vérifie un détail pour une chanson comme pour un roman, parce que la fausse note, en musique comme en littérature, s’entend immédiatement.

Une seule table de travail

Concrètement, les deux métiers se partagent les mêmes heures. Quand un manuscrit résiste, je passe au clavier ou à la guitare ; le nœud du chapitre se défait pendant que je regarde ailleurs. Certains jours, la page l’emporte ; d’autres, c’est la mélodie qui prend toute la place. Je ne force pas l’ordre, j’obéis à ce qui avance. Cette alternance n’est pas une fuite, c’est une hygiène de l’attention, un sujet que je connais bien pour avoir consacré un essai au TDAH chez l’adulte : l’esprit tient plus longtemps quand on change le rythme avant qu’il ne décroche.

Au fond, les deux pratiques ne font qu’un seul geste : raconter. La chanson va vite au cœur ; le livre y reste plus longtemps. L’une ouvre la porte, l’autre meuble la maison. Quand une idée me vient, la seule vraie question de l’atelier est simple : cette histoire demande-t-elle trois minutes ou trois cents pages ?

Alors, Guillaume de Reynal ou Guy Yom ?

Les deux, sans hiérarchie. Les livres sont rassemblés sur la page qui leur est consacrée, des rives du Cher aux mornes de la Martinique ; les chansons circulent sous le nom de Guy Yom. Entre les deux, une chose ne change jamais : la même curiosité, la même obsession du rythme, la même envie de raconter. Si vous arrivez ici par la musique, les livres vous attendent. Si vous arrivez par les livres, tendez l’oreille.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Guillaume de Reynal

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture